Effectivement j'étais dans la merde pour mon devoir d'histoire : ça m'a sauté aux yeux lorsque le prof à posé le test sur ma table. "La guerre de Corée et ses conséquences". Alors le prof finissait de distribuer les feuilles, je me tournai rapidement vers Naomi:
- Y'a eu une guerre en Corée ?
Elle me regarda avec sévérité avant de chuchoter rapidement :
- 1950 - 1953 : Corée du sud contre Corée du nord, le sud était soutenu par les aillés.
Alors que j'allais lui demander qui étaient les alliés, Monsieur Benson annonça le début du test et je dus me retourner.
Je ne savais pas non plus qui avait gagné cette foutue guerre alors j'expliquais rapidement que la Corée était sortie victorieuse. Peut être que ça pouvait passer. J'avais passé deux heures à écrire des informations basiques et carrément logiques comme par exemple : "il y eu beaucoup de morts et les deux pays furent un peu détruits". Je me voyais déjà au chômage et à la rue, j'étais complémentent désespérée. J'essayai même de prier alors que j'étais athée, espérant une réponse ou un illumination de n'importe quelle divinité mais rien ne vint. Non,j'allais définitivement avoir une note de merde.
La sonnerie annonçant la fin des cours abrégea finalement mon calvaire et Naomi, qui bien sûr avait réussi brillamment son test me demanda comment le mien s'était passé.
— Hum, il s'est passé.
— Non sérieusement Tay ?
— Je me suis super appliquée pour écrire, j'espère qu'il en tiendra compte.
La métisse face à moi laissa échapper un soupir de désespoir alors qu'on sortait de notre salle de torture : Naomi était le genre de fille brillante pour qui tout est inné : elle avait beaucoup de mal à comprendre que les études pouvaient être un calvaire pour des gens. Comme moi par exemple. Elle avait maintes et maintes fois essayé de m'aider en me donnant des cours de soutien dans les matières dans lesquelles j'avais du mal -c'est à dire presque toutes, mais ma meilleure amie était dotée d'une patience négative et ça finissait par nous énerver toutes les deux.
Pourtant je savais que j'étais loin d'être stupide. J'veux dire, les gens ont différentes formes d'intelligence, je n'avais juste pas encore trouvé la mienne. Ou alors si ça se trouve j'étais vraiment bête et ma plus grande bêtise était d'être persuadée du contraire ? Les gens les plus stupides ne savent pas qu'ils le sont, c'est comme pour les jolies filles. Non, ce genre de réflexions demandaient un minimum d'intelligence.
Je déposai mes cahiers dans mon casier avant de me diriger d'un pas rapide vers la cafétéria, mon havre de paix dans l'enfer que représentait mon lycée.
Une fois installée en face de ma meilleure amie, celle-ci se mit à me raconter ses plans pour le week-end alors que je ne l'écoutais que d'une oreille distraite: pas que ce qu'elle disait ne m'intéressais pas, non c'était une discussion comme une autre, j'étais juste trop concentrée sur mon assiette pour participer activement. Et ça aurait pu durer longtemps si deux grandes mains ne s'étaient pas poser brusquement sur mes épaules, me faisant sursauter et faisant sourire Naomi.
— Comment va ma sœur préférée ?
— Je suis ta seule sœur Luke. Qu'est-ce que tu veux ? Demandai-je en me retournant vers mon grand frère.
Il se tenait debout derrière moi avec un sourire hypocrite, ses yeux bleus, les mêmes que les miens, me fixant d'un air rieur. Il ne m'adressait jamais la parole au lycée, d'ailleurs certaines personnes ignoraient même qu'on était de la même famille alors il devait forcément avoir quelque chose à me demander pour venir me voir.
— Bah t'sais c'est l'anniversaire de Michael vendredi et on a le prévu de le fêter à la maison.
— Et vu que t'as pas de couilles t'oses pas demander aux parents, c'est ça ?
Sa mâchoire se crispa alors que ses trois meilleurs amis pouffaient de rire derrière lui. J'avais raison, il voulait que je demande à sa place, sinon il ne m'aurait pas laissé piétiner sa fierté sans rien dire.
— Ok mais Nao vient aussi, soupirais-je en capitulant.
— Si tu veux, merci Taytay.
Je détestais ce surnom, c'était aussi ridicule que c'était niais.
— De rien, Lucas.
Il avait horreur qu'on l'appelle par son vrai prénom: c'était la raison pour laquelle je prenais un malin plaisir à le faire.
Mon frère m'adressa un doigt en retournant vers ses amis qui me remercièrent avec un grand sourire. Surtout Michael, un grand punk aux cheveux actuellement roses qui n'avait de rebelle que l'appellation: en même temps il avait intérêt à me dire merci puisque j'allais sauver sa soirée d'anniversaire.
Une fois les quatre mousquetaires hors de notre champ de vision, Naomi laissa échapper un petit cri aigu :
— Mon dieu Taylor, tu sais que je t'aime ?
— J'ai pas fais ça pour que tu passes la soirée avec mon frère, tu dois me tenir compagnie.
Ma meilleure amie n'avait d'yeux que pour Luke et parfois c'était vraiment agaçant : lorsqu'elle ne parlait pas d'études, elle parlait de lui sauf que, malheureusement pour elle, il ne semblait pas vraiment réceptif à ses tentatives pour attirer son attention. Naomi n'était juste pas son genre de fille -même si il n'était pas dit qu'il en ait un, mais je n'avais pas eu le courage de lui dire.
Elle acquiesça, un peu déçue, mas sans pour autant ôter son grand sourire de son visage d'ange.
+ + +
Je me sentais encore coupable à l'idée de lire des mots qui ne m'étaient pas destinés mais, encore une fois, j'ouvris quand même l'un des documents word que contenait la clé usb. Celui ci s'appelait "arguments" et était un peu plus court que le premier que j'avais lu.
"Tu m'as quitté aujourd'hui. Entre le cours de géographie et le cours de sport, devant tes idiotes de copines qui nous fixaient avec leur faux airs surpris. Tu m'as dit qu'on était pas fait l'un pour l'autre et que tu préférais t'arrêter là avant de me faire du mal. Trop tard, tu venais d'arracher mon cœur et de le jeter à tes pieds. Ton petit sourire désolé sonnait aussi mal que tes arguments pré-fabriqués. 'Je te mérites pas, t'es trop bien pour moi, j'espères que tu trouveras quelqu'un d'autre qui t'aimeras autant que tu dois l'être, j'aurais aimé être cette personne.' Un joli ramassis de connerie sorti de la bouche d'une jolie fille. Le pire dans tout ça c'est que j'ai l'impression que c'est de ma faute, que c'est moi qui n'étais pas assez bien pour toi. J'avais toujours l'impression que je te méritais pas, j'veux dire, t'es une vraie bombe et moi je suis juste un imbécile qui se fait charrier par ses potes parce qu'il est amoureux. Parce que oui, j'étais amoureux. Je suis amoureux enfaite parce que je pense que c'est pas le genre de truc qui guérit en à peine dix heures... C'est ridicule, je parle de ça comme si c'était une maladie. Quoique oui, puisque t'aimer est nocif. Je crois que je l'ai toujours su, j'avais toujours l'impression que je tenais plus à toi que tu ne tenais à moi et pourtant ça m'empêchait pas de rester. T'es une sorte de putain de rhume qui s'est transformé en embolie pulmonaire et moi je suis un putain asthmatique. J'ai envie de te dire que je te déteste, que t'es la pire des connasses et que je ne veux plus jamais t'adresser la parole mais je sais que si tu reviens je te retomberais dans les bras. En attendant je crois que je vais noyer ma crise d'asthme dans de la glace et de la vodka.
Sincèrement déprimé,
XXX"
Je ne savais pas vraiment si c'était la fatigue ou la tristesse de ses mots mais les larmes s'étaient misent à couler abondamment sur mes joues. J'avais vraiment l'impression d'être devant une tragédie romantique et chaque phrase était, même quand il y avait des insultes, plus jolie mais plus triste que la précédente.
Alors que j'étais entrain de relire une deuxième fois la "lettre", mon téléphone vibra à côté de moi.
de "lucas le débile" à moi :
"yo sœurette, t'as demandé aux parents ?"
C'est clair que ce n'était pas mon frère et ses "yo" qui allait écrire des mots dignes d'un roman de John Green à la fille qu'il aime. Ni lui ni ses idiots d'amis.
Je soupirais en me levant: j'avais dis que je le ferais et même si ça m'emmerdait, je n'étais pas le genre à ne pas respecter mes engagements.
Mes parents étaient avachis comme des ados sur le canapé du salon entrain de regarder les infos. Lorsqu'elle me vit, ma mère fronça les sourcils et me demanda d'une mine inquiète:
— Ça va ma chérie ? T'as pleuré ?
Alors que je m'apprêtais à la rassurer sur la cause de mes larmes, une idée de génie germa dans mon esprit:
— T'inquiètes pas c'est rien, c'est juste que c'est compliqué au lycée en ce moment.
Ce n'était pas plus compliqué que d'habitude, à part mes mauvais résultats, tout allait bien.
— Oh ma belle, tu sais tu peux nous en parler, déclara mon père en se redressant.
— J'ai plutôt besoin de me vider la tête enfaite, du coup Luke m'a proposé de faire une petite fête, un p'tit truc hein, vendredi soir.
Ma génitrice fronça les sourcils et demanda :
— Il y'aura qui ?
— La bande d'attardés de Luke et cinq ou six autres personnes.
Mensonge mensonge mensonge: il avait prévu d'inviter la moitié de sa promo. Voyant que ma mère n'était pas vraiment convaincue, je sortis ma carte joker, mon argument infaillible, ma bombe nucléaire:
— Et Naomi.
Boom.
Naomi était une sorte de réincarnation d'Einstein et de Gandhi dans le même corps selon mes parents alors ils ne tardèrent pas à céder, m'expliquant qu'ils allaient en profiter pour partir en week-end chez des amis. Ils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient, tant qu'ils n'étaient pas là ça m'allait. Je les remerciais avec un grand sourire et montai les escaliers quatre à quatre pour aller prévenir mon frère que j'avais réussi ma mission. Avant d'entrer dans sa tanière je séchais le reste de mes larmes.
Il était allongé sur son lit et pianotait sur son téléphone. Il leva sa tête blonde vers moi et m'adressa son sourire d'imbécile heureux:
— Alors ?
— C'est bon.
Il se laissa tomber sur son matelas en levant le poing en signe de victoire.
— Merci, t'es cool quand tu veux. Mike va être super content.
Je ne savais pourquoi je faisais ça pour lui, rendre "Mike" "super content" m'importait peu et je n'étais pas une fêtarde de la première heure, loin de là. Alors la raison pour laquelle je sacrifiais le calme de mon vendredi soir m'échappait totalement mais le sourire stupide de mon frère, alors qu'il était surement entrain d'annoncer la réussite de l'opération à ses amis encore plus stupides, le valait bien.