• Elle.

    Je me ne souvenais même plus quel jour c'était. Un mardi je crois. C'est toujours un mauvais jour le mardi. Ce jour là, notre professeur de maths avait eu la brillante idée de nous changer de place. Je me souviens quand elle m'a annoncé qui était mon nouveau voisin. Un type un peu paumé avec un regard absent. J'ai marmonné un "putain fait chier" dans ma barbe en rejoignant le siège vide à côté de lui. Il m'a dévisagée.

    Lui.

    " - Quoi ? M'avais t-elle lancé avec un air agacé.

    - Rien. Lui avais-je répondu en reportant mon attention sur la fenêtre. 

    J'avais du la regarder trop longtemps. Elle s'était sentie outrée, comme si elle était d'une race supérieure et que poser les yeux sur elle était défendu. Je la connaissais pas. Enfin, je ne connaissais pas grand monde ici. Je préférais rester dans mon coin au lieu de parler à la bande de limités d'esprits qui constituaient ma classe. Elle avait l'air sacrément l'air d'une pimbêche quand même avec ses yeux entourés de noir et sa bouche peinte en rouge. Mais bon, j’omis de lui faire remarquer. Après tout c'est son problème, pas le mien.

    Elle.

    Mais quelle classe de merde. En regardant autour de moi  je ne voyais que des fils et des filles à papa bordés de fric. Tous hantés par la même crainte, l'échec. J'avais essayé de m'intégrer, mais rien n'y avait fait, on était pas du même monde, eux et moi. Je sortis mes affaires en silence et me mis à tracer des traits sur une feuille blanche. Des traits qui, petit à petit, formèrent une bouche, puis un nez, puis des cheveux et pour finir des yeux. Un visage masculin. Pas spécialement beau, mais agréable. Je vis alors qu'il m'observait l'air de rien. Je cachai la feuille sous un classeur et lui lançai un regard en biais; il était retourné à ses occupations. Tant mieux, je détestais les fouineurs.

    Lui. 

    Roh, mais elle commençait sérieusement à me taper sur le système celle-là avec ses manières de princesse !

    - - -

    Lui :

    Allongé, la tête sur ses jambes, j'observais le ciel. Un ciel gris dans un paysage d'automne que son visage illuminait d'une douce lueur.  Elle avait abandonné maquillage superficiel et talons hauts. Sans tous ces artifices elle était belle. Très belle. Je lui jetais des coups d’œil de temps en temps et nos regards se croisaient. Elle souriait alors et se mettait à me caresser les cheveux. Comme à un enfant.

    Elle :

    Il dormait à présent. Je n'osais pas bouger par peur de réveiller ce visage d'ange. Il souriait dans son sommeil. Veillant à ne pas faire de geste brusque, je me penchai doucement et pressa mes lèvres contre les siennes. J'avais la douce sensation de lui avoir volé un instant de de sa vie et de l'avoir fait mien. Puis, délicatement, je me relevais vers son oreille et lui murmurai un "Je t'aime".

    Lui:

    Je souris à l'entente de ces paroles si rares et si précieuses venant d'elle. Alors, pour ne pas l'effrayer, j'ouvris les yeux, lentement, savourant l’écho de ses paroles, et lui répondis : "Moi aussi" en la regardant tendrement.

    Elle:

    Je me sentis rougir. Alors, pour effacer cette gêne qui n'a duré qu'un instant, je plongeai mon regard dans le sien. Comme attirée, je n'arrivais pas à le quitter des yeux. D'un vert d'opale, j'avais l'impression que j'allais me noyer en eux.

    - - -

    Lui :

    C'était un mauvais jour. Elle m'avait quittée le matin. Allongée, inerte sur ce lit, dans cette pièce aux murs blancs, elle aspirait tout et plus rien, sauf elle n'avait d'importance maintenant à mes yeux. Je lui pris la main. Elle était gelée. J'étais assis comme un idiot au près d'elle sans rien, faire. Juste sa main dans la sienne et mes yeux rivés sur son visage. Même avec le poids de l'âge elle était belle. Encore plus qu'avant. Dans cette position, on aurait dit qu'elle dormait. Et moi, j'attendais avec patience qu'elle se réveille. Les heures passèrent. Les yeux toujours sur son visage, nos deux mains liées, je repensai à tout ce qu'on avait traversé. Je me souvenais de tout; la manière dont elle s’étirait au réveil, le petit pli entre ses sourcils qu'elle avait quand elle était soucieuse, le ton avec lequel elle me conseillait de mettre une écharpe parce que "c'était bientôt l'hiver" alors qu'on était début septembre et tout ces détails, ces gestes que je voyais sans cesse sans y prêter d'importance. Désormais je comprenais; on s'était enfouit tous les deux dans la vie de l'autre, faisant de son existence un oxygène, une drogue sans laquelle vivre... vivre, était inconcevable. Maintenant qu'elle était morte, j'allais devoir me débrouiller, seul, sans elle et ses paroles sages. Je pleurais à présent. La nuit était tombée. Je lâchai sa main, mis mon écharpe "parce que c'est bientôt l'hiver" sans la quitter des yeux. J'avais peur qu'elle s'éloigne plus loin qu'elle ne l'était déjà. Mon cœur se serra quand je quittai la pièce. Je l’aimais. Plus que les jours d'hiver à ses côtés, plus que les repas qu'on partageait, plus que les moments on discutait. Parce que tout ce qui rendait ces instants uniques, c'était elle.

    Ce jour là, c'était un mauvais jour. Ce jour là, c'était un mardi.

    - - -

    Note de Wea' : Voilà un petit texte, (pleurez pas quand même) que j'ai écris en m'inspirant de personnages réels. Enfaite, cette histoire n'est pas forcément simple. Elle résume la vie de deux personnes qui seront les même dans les 3 passages qui sont liés indirectement. J'attends vos avis. Ce texte vient de "Royals Stories" mon blog de fictions.

     

    © Weana


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